Le Canada aurait introduit des droits de douane de rétorsion contre les États-Unis, selon WWD. Ces taxes, qui pourraient atteindre 50 %, viseraient environ 20 milliards de dollars de produits américains, en miroir des droits américains entrés en vigueur samedi après une semaine de négociations tendues, rapporte le média.

Le premier ministre canadien Mark Carney a affirmé sur X mardi matin : « Canada will match the new U.S. tariffs dollar for dollar » (le Canada égalera les nouveaux droits de douane américains dollar pour dollar), selon WWD. Ces mesures, prises en vertu de la Section 338 du Tariff Act de 1930, doivent entrer en vigueur le 8 septembre.

L'habillement, cible collatérale

Le Canada représente moins de 0,5 % de l'ensemble des vêtements importés par les États-Unis l'an dernier, selon WWD. Mais parmi les produits visés, les costumes et blazers de laine pour hommes ou garçons pèseraient environ un tiers des importations d'habillement soumises à ce tarif. Les États-Unis auraient importé près de 100 millions de dollars de ces costumes canadiens l'an dernier, désormais frappés d'un droit de 50 %.

Bob Kirke, directeur exécutif de la Canadian Apparel Federation, a résumé la situation en ces termes : « There will be no Canadian suits in the U.S. and no U.S. suits in Canada » (il n'y aura plus de costumes canadiens aux États-Unis ni de costumes américains au Canada). Il a toutefois nuancé le cas de Peerless : « Peerless still makes a fair amount in Canada, but can make most any suit they want in any country around the world » (Peerless fabrique encore une part importante au Canada, mais peut produire pratiquement n'importe quel costume dans n'importe quel pays). Selon lui, « it's still not too late to reverse course » (il n'est pas encore trop tard pour faire marche arrière).

Chez Samuelsohn, tailleur pour hommes, le PDG Stephen Granovsky a indiqué être encore « working through » (en train d'analyser) les implications de ce dossier tarifaire, selon WWD.

Une nouvelle ère de tensions

Donald Trump a par ailleurs menacé d'imposer des droits sectoriels de 50 % sur les voitures, camions et pièces automobiles canadiennes. Josh Teitelbaum, expert en politique commerciale chez Akin Gump Strauss Hauer & Feld, a précisé que le président ne souhaiterait pas les appliquer avant le 1er janvier, soit « an eternity when it comes to negotiating with this president » (une éternité quand il s'agit de négocier avec ce président).

Teitelbaum a estimé qu'il faudrait attendre « at least until October, November before the parties are going to come together and try to talk this out again » (au moins octobre ou novembre avant que les parties ne se retrouvent pour renégocier), citant les élections provinciales canadiennes et les élections de mi-mandat américaines de novembre. Il a ajouté que « the rhetoric after the collapse of the deal has been pretty hot from both sides, and they've got to go through the five stages of grief here a little bit » (la rhétorique après l'effondrement de l'accord a été assez vive des deux côtés, et elles doivent traverser un peu les cinq étapes du deuil). Selon lui, « there's the interpersonal disappointment that gets expressed, but there's also the political realities that are probably why the deal fell apart in the first place » (il y a la déception interpersonnelle exprimée, mais aussi les réalités politiques qui expliquent probablement l'échec de l'accord).

Teitelbaum a jugé que les effets à court terme devraient être « fairly minor — but that doesn't mean there won't be some acute pain for some unlucky brands » (plutôt mineurs, mais cela ne signifie pas qu'il n'y aura pas de douleur aiguë pour certaines marques malchanceuses). Il a conclu que ce moment représentait « likely the beginning of a new era in U.S.-Canadian relations » (probablement le début d'une nouvelle ère dans les relations américano-canadiennes).

Steve Lamar, président et directeur général de l'American Apparel and Footwear Association, a fait écho à ce constat, décrivant des relations « a lot rockier than they've been in the past » (bien plus tendues que dans le passé) et l'entrée dans « a slightly different chapter » (un chapitre légèrement différent). Il a insisté sur le fait que l'industrie de l'habillement se trouve être « the collateral damage; the unintended victims » (les dommages collatéraux, les victimes involontaires) d'un différend portant sur d'autres enjeux. Selon lui, les entreprises productrices et négociantes de ces produits devront « make some really hard decisions that affect their suppliers and their customers, too » (prendre des décisions très difficiles affectant aussi leurs fournisseurs et leurs clients).