La principale société d'exploitation de Harvey Nichols est entrée en procédure d'administration avec une dette de 270,5 millions de livres envers ses créanciers non garantis, parmi lesquels figurent des maisons de luxe comme Victoria Beckham. Selon les administrateurs de FTI Consulting, les marques ne devraient récupérer au mieux que 15% des sommes dues.

FTI a précisé que ces estimations de remboursement n'étaient pas définitives et dépendaient des "réalisations futures, des coûts d'administration et du niveau des créances admises", ajoutant que les chiffres devaient être considérés "avec un degré de prudence approprié".

Des créances dispersées entre grandes maisons

Parmi les créanciers, Victoria Beckham serait créancière à hauteur d'environ 353 349 livres, Jimmy Choo à hauteur de 174 201 livres, et Canada Goose à hauteur de 565 267 livres. Max Mara, Chloé et Coach figurent également parmi les fournisseurs impactés, avec des sommes dues de 520 000, 516 329 et 402 285 livres respectivement. Chloé, Canada Goose et Ralph Lauren U.K. seraient chacun créditeurs d'une somme comprise entre 450 000 et 600 000 livres, tandis que Brunello Cucinelli, Deckers U.K., Joseph, Kering Eyewear, Khaite, Yves Saint Laurent, Max Mara et Victoria Beckham dépasseraient chacun 300 000 livres de créances. Les créanciers préférentiels, dont HMRC et les salariés, doivent en revanche être remboursés intégralement.

FTI Consulting, l'administrateur en charge du dossier, a par ailleurs confirmé avoir cédé la quasi-totalité des activités et actifs britanniques de Harvey Nichols pour 43,3 millions de livres. Le restaurant Oxo Tower Restaurant, Bar and Brasserie a lui été vendu séparément pour 900 000 livres à un groupe privé de restaurateurs londoniens.

Un repreneur déjà connu du secteur

Frasers Group a acquis Harvey Nichols le 13 août, dans une opération incluant le magasin phare de Knightsbridge, cinq magasins régionaux au Royaume-Uni, les franchises internationales et l'activité en ligne. Les documents détaillant la situation des créanciers ont été déposés à Companies House le 3 septembre. L'opération irlandaise, exclue de la reprise, a vu ses liquidateurs conjoints nommés à la Haute Cour d'Irlande le 14 août, avant l'arrêt de l'activité du magasin de Dublin le 26 août.

FTI a indiqué que Harvey Nichols avait connu des "conditions de marché difficiles" depuis la pandémie de Covid-19, alors que le trading a "continué de se détériorer et que le financement des actionnaires a cessé d'être disponible".

Michael Murray, directeur général de Frasers Group, avait déjà prévenu que redresser Harvey Nichols exigerait des "choix difficiles... même si cela signifie une entreprise plus petite à court terme, pour créer un Harvey Nichols plus solide et plus durable sur le long terme". Kate Benson, Chief Merchant, a de son côté cherché à rassurer les fournisseurs, affirmant que Frasers "comprend notre activité et valorise nos relations de marque".

Pour l'analyste Louise Deglise-Favre, de GlobalData, l'opération répond à une ambition de longue haleine du groupe : Frasers a patiemment construit une position dans le luxe sans jamais l'achever, et Harvey Nichols lui offre d'un coup des relations de marque qu'il ne pouvait pas bâtir seul, ainsi qu'une adresse à Knightsbridge porteuse de prestige.

Les premières mesures opérationnelles

Frasers a accepté fin août de payer intégralement les personal shoppers et stylistes affectés pour les services rendus avant l'administration. Désormais, ces derniers seront rémunérés mensuellement plutôt que trimestriellement. L'ensemble du parc de magasins, la structure des coûts, le modèle opérationnel et l'organisation de Harvey Nichols font désormais l'objet d'une revue, dans le cadre de son intégration à la division luxe de Frasers aux côtés de Flannels.

Ce dossier s'inscrit dans une série de déconvenues pour les fournisseurs de luxe, qui ressentent encore les répercussions des effondrements de Matches et de Saks Global. Frasers avait lui-même racheté Matchesfashion en 2023 pour 52 millions de livres, avant que le site n'entre en administration quelques mois plus tard, laissant à leur tour des fournisseurs impayés.